Jamais contente

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Trop grosse. Trop maigre. Trop grande. 
Ça ressemble à la pub pour le bovin qui se marre mais ce n'est pas de la réclame. Non, c'est l'opinion des femmes sur les autres femmes. Car nous sommes aussi, voire plus critiques que nos mâles. Nous cherchons dans les autres ce que nous rêvons d'être: un corps parfait. Et quand on le trouve, on devient vulgaire et de mauvaise foi. "La sal...! Oui mais elle est jeune, elle n'a pas encore pris ces pu... de 51 kilos en 27 mois de grossesses!" Oups, ça m'a échappé. 
 
Ah! la critique des autres! Elle nous permet d'oublier notre autocritique quotidienne pendant un savoureux moment . 
 
Complexée? Non pas du tout. Si je rentre mon ventre, c'est pour travailler mes abdos. Et si je pose négligemment ma veste sur moi quand je suis assise dans le tram, c'est parce que je ne sais pas où la mettre. Un hasard qu'elle cache mes poignées d'amour. 
 
Mon mari me disait que je n'ai jamais été satisfaite de mon corps. Et à y réfléchir, il a raison (mais c'est exceptionnel bien-sûr qu'il ait raison. D'habitude c'est moi). Même enfant, je me souviens de mon désir de couper un bout de cuisse, celui qui s'étale quand on s'assoit. Oui, le muscle en fait. Je me trouvais déjà trop grosse. Pourtant...
Alors, à défaut de me trouver belle, je trouve les autres moches. Ce n'est pas la solution idéale, bien-sûr, mieux vaudrait que je m'apprécie ou que je m'accepte.
 
Et c'est parfois ce que je fais. Après tout, il y a pire et je ne suis pas si mal... Et puis l'instant d'après, je pense le contraire: je pourrais être mieux et je le veux. Je veux rentrer dans la robe de l'année dernière et dans le pantalon de mes 20 ans. Je veux porter n'importe quel vêtement sans me poser mille questions et sans me cacher. Bipolaire.
 
Que suis je prête à accepter pour un corps durablement mince? Le diable tend l'oreille... J'accepte de réduire ma consommation de nourriture, d'arrêter le chocolat (enfin pas complètement non plus). Je me lance dans le sport, plus fort. Mais faut-il que ce soit à vie? Frustations et effort, inséparables jusqu'à mon lit de mort? 
 
Je ne sais pas ce qui est le plus difficile au fond: renoncer au corps moins que parfait et se réconcilier avec les bourrelets ou courir après la perfection, l'arlésienne, en grignotant des galettes de blé au goût de carton? 
 
En attendant de prendre une décision (sûrement jamais), je cours et je "hand" et je surveille mes calories... et puis je craque sur une gauffre ou des chips. Ainsi en est-il. Je suis une femme.

 

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