Ecoute ta mèèère

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Sur le chemin du boulot, je double cette maman et sa petite fille. La première parle et râle et reproche tandis que la seconde reste absolument silencieuse.

Et ça me donne à réfléchir. Ça me frappe, ça me met même une claque.

Sur le fond, la maman a certainement raison (n'ont-elles pas toujours raison?). Mais dans la forme...??

C'est donc ainsi. L'enfant commet une erreur, une faute peut-être, qui agace le parent. Une de plus comme une goutte d'eau de trop. Et le vase déborde et les paroles s'écoulent en un flot ininterrompu. Les vannes ont été ouvertes et il est quasi impossible de les refermer. Le petit délinquant l'a compris avant sa génitrice: mieux vaut se taire, laisser le torrent se déverser et se mettre en sécurité. Il ne serait pas prudent d’y mettre un mot, l’enfant pourrait se faire définitivement emporter.

 

Effectivement, il est bien difficile de se maîtriser. On a tant à dire !!!!! Il faut résumer la bêtise, rappeler à l’enfant pourquoi ce n’est pas acceptable et pourquoi, en tant que parent aimant-qui-ne-souhaite-que-le-meilleur-pour-ses-petits, nous avons l’amère obligation de faire la leçon. Puis on enchaîne sur les bêtises précédentes et l’impact de ces répétitions sur notre patience, sur l’importance d’arrêter pour la santé mentale de maman et pour apprendre à vivre en société. Un regard, un mot, un soupir de l’enfant et on reprend de plus belle en exposant la nécessité de respecter l’autre (et notamment, et surtout, maman). Parfois, on peut dériver sur d’autres travers enfantins insupportables qui n’ont peut-être rien à voir mais parce qu’on n’a pas fini, on n’est pas rassasié et qu’il faut alimenter le monologue. Vient ensuite l’énumération des punitions possibles, des conséquences probables. L’imagination entre alors en jeu : le meilleur moment ?! C’est l’occasion d’être créatif, inventif. Il faut faire peur, dissuader de recommencer…

 

Mais l’enfant entend-il ? Dans la masse d’informations, que saisit-il ? L’essentiel se noie peut-être dans la rivière fougueuse, charrié loin du rejeton en dérive. Tant pis. Car, je le sais par expérience, parler, crier même, encore et encore, permet de déverser sa colère sans dégât. Sans réel impact positif, peut-être, mais sans dommage corporel. La parole libère et diffuse le côté obscur. « Petit, je suis ta mèèèère », c’est moi « qu’a » raison et puis c’est tout.

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