Le jour où je suis devenue femme

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Non, je n'ai jamais été un homme et je ne suis pas transgenre mais je me suis longtemps niée en tant que femme. 

 

Plus jeune, je portais quotidiennement tresse et lunettes. Je ne me coiffais pas, je me nattais négligemment. C'est rapide et pratique. Sans autre intérêt.

 

Je m'habillais pour supporter le froid et détourner les regards. Je possédais une seule paire de chaussures. Par manque d'argent et d'habitude. Les boutiques me stressaient. 

 

Et je ne me maquillais jamais. Je ne savais pas, je ne voulais pas. Du rouge à lèvres me donnait l'impression d'être déguisée. 

 

Je me trouvais sans intérêt et je me traitais en conséquence. Transparente. 

Je n'étais pas masculine. Féminine non plus. 

 

Et puis se sont succédées les grossesses, les prises de poids, les nuits difficiles. Mon corps qui m'était presque étranger auparavant est devenu mon ennemi. Pourquoi s'apprêter quand on ne s'aime pas ? 

J'étais passée d'ado pataude à maman mal à l'aise. 

 

Malgré les encouragements de chéri, ses remarques gentilles, je n'arrivais pas à m'aimer assez pour supporter l'épreuve des essayages en magasin et le regard des autres. Et je préférais dépenser notre argent pour les enfants. 

 

Et puis un jour... Un jour, alors que les tourments des grossesses étaient derrière moi et que je commençais à sortir la tête de l'eau, je me suis trouvée prête. Il aura suffi de peu pour que je me prenne enfin en main : un compliment et un défi. 

 

En relevant le défi d'une course, je me suis mise à courir, à me surpasser et à mincir. Et à me regarder avec plus de douceur. Et le monde de la consommation m'a ouvert ses bras. 

 

Je suis devenue une femme, au sens du cliché sociétal. Un peu de mascara, parfois du rouge sur les lèvres, et des fringues à la mode font de moi une personne à la fois futile et à l'aise en société. Ce n'est pas une gloire en soi mais une petite victoire malgré tout qui me permet d'avancer la tête haute et de satisfaire mon homme et mes enfants, tous aussi futiles que moi, cela va de soi.

 

Mais être une femme, enfin, me réjouit, m’ouvre aux autres. Je ne porte à peu près jamais de talons, je me maquille légèrement, je n’ai pas de collection de sacs à mains. Mais je m’assume (à presque 40 ans, il était temps !), je m’accepte, mon homme apprécie et les autres me le rendent bien.

 

PS : merci à chéri qui m’a toujours encouragée et complimentée, malgré moi.

Le jour où je suis devenue femme

Publié dans Pas qu'une maman

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