Ai-je été une maman maltraitante?

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Il y a des mots qui blessent autant sinon plus que des gestes.

Cette phrase est un leitmotiv des parents qui se disent bienveillants et qui ne se rendent pas forcément compte (j’espère) que leurs propres mots sont des armes qui transpercent les cœurs de mamans (et papas) aimants mais pas parfaits. Et parmi ces mots durs, celui de la maltraitance ressort, particulièrement en cette période où la fessée est en question…

Ai-je été une maman maltraitante ? Maltraitante ??? Oui, en voilà un mot violent qui fait pleurer mon cœur, qui m’écrase de culpabilité, me met à terre et m’y maintient.

Ai-je été une maman maltraitante?

J’ai eu une période, malheureuse, où mes mains exprimaient mon désarroi. Fatiguée, seule, dépassée… j’ai frappé mes enfants.

Ce ne sont pas des excuses mais des explications. Je ne réfléchissais pas, j’agissais. Il me fallait être tous les rôles en même temps pour 3 jeunes enfants et mon seul soutien était mon homme, leur père, 2 jours par semaine. C’est bien peu face à l’ampleur de la tâche qui m’incombait !

Je pleurais beaucoup, je criais au moins autant et quand cela ne suffisait pas à obtenir ce que je demandais, je levais la main. Une tape sur la couche ou sur la main.

 

Puis je suis passée des fessées aux claques. La première fois, je me suis sentie tellement mal !!! Mais j’avais ouvert la brèche. Et la seconde claque partit plus vite.

Ai-je été une maman maltraitante?

Malgré tout, chaque fois que je portais un coup, je mourais un peu. La culpabilité m’a envahie petit à petit, me diminuant encore et encore plus. Mais je ne savais pas m’en sortir. Personne n’a senti ma détresse et je n’ai pas su demandé de l’aide.

 

Jusqu’au jour où… Ce jour où je changeais la petite sur la table à langer. Les grands m’en faisaient voir encore. Ils se disputaient sûrement, ne m’écoutaient pas. J’étais tellement énervée ! je leur criais dessus et je les menaçais par des mots peut-être, par mon comportement en son entier évidemment. Je les dominais de ma taille et ils restaient près de moi quand même. En me tournant vers eux, je les ai vu se protéger la tête de leurs bras…

J’en ai encore les larmes aux yeux.

Ce jour-là, je me suis dit : si tu recommences, tu vas consulter un psy.

Ai-je été une maman maltraitante?

Je ne vous dirai pas que je n’ai plus jamais recommencé. Non, malheureusement, ce n’est jamais aussi simple. Mais je n’ai pas levé la main sur mes enfants une seule fois en plusieurs mois. Puis c’est arrivé mais rarement, ponctuellement. Avec toujours ce même dégoût de moi, ce remords, cette peine de n’avoir pas géré au mieux et cette colère sourde tournée contre moi.

J’ai travaillé sur moi, longtemps et aujourd’hui encore. J’ai lutté contre mes démons. J’ai presque gagné la partie.

En couchant ce témoignage sur l’écran, je me rends compte que je m’exprime comme si j’avais été une toxico. Eh bien le sevrage est difficile, surtout seul.

 

 

Ai-je été une maman maltraitante?

C’est en lisant des commentaires sur la loi contre les fessées que j’ai fortement ressenti le besoin d’écrire sur le sujet. Il y a toujours ces merveilleux parents qui pensent avoir raison et que les autres ont tort. Ces parents bienveillants qui jugent les autres, sans nuance et sans empathie.

Je suis tellement d’accord sur le fait qu’on ne devrait pas frapper ses enfants mais la solution n’est pas de stigmatiser les parents. Non. Il faut plutôt les accompagner.

Et il est essentiel à mon sens de distinguer les parents réellement maltraitants : ceux qui frappent pour tout ou rien, qui blessent, rabaissent…et ne ressentent pas de culpabilité et les parents dépassés qui lèvent la main et le regrettent.

Il est facile de juger et de mettre dans une case sans essayer de comprendre et d’aider.

Il ne suffira pas d’interdire pour empêcher. Non, il faudra guider, éduquer, faire de la prévention. Je ne prétends pas que la loi serait inutile. Au contraire, elle permettrait des réflexions, des remises en question et elle serait un outil certainement utile dans ce combat. Elle ne doit simplement pas (et elle ne le sera pas, j’en suis sûre) être appliquée arbitrairement et sans discernement.

 

Ai-je été une maman maltraitante?

Alors à cette terrible question, ai-je été une maman maltraitante ? J’ai envie de me répondre avec bienveillance justement : tu as fait des erreurs et tu les regrettes. Tu es juste une maman imparfaite qui a fait de mauvais choix (était-ce un choix ?) et qui a décidé de changer. Par amour pour eux et pour toi aussi. Tu as parfois mal traité tes enfants mais non, tu n’es pas une maman maltraitante. Ce n’est pas ce qui te définit.

Et vous, vous est-il arrivé de lever la main sur ce que vous avez pourtant de plus cher ?

Publié dans Souvenirs de Maman

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Commenter cet article

WorkingMutti 11/12/2018 09:19

Je te trouve extrêmement courageuse d'oser aborder ce point publiquement.

Moi aussi j'ai pu donner des fessées quand je n'en pouvais plus, que j'étais à bout. On sous-estime l'épuisement dans lequel se trouvent les mères. Lorsqu'on dit que nos grands-mères ne se plaignaient pas autant j'ai envie de répondre: oui mais elles avaient leur famille à côté, des femmes qui pouvaient les épauler. Nous sommes bien souvent seules.

Une mère maltraitante ne se poserait pas ce genre de questions, une mère maltraitante ne se remets jamais en question. Tu n'as rien de ce type de mère.

Lorsque je sens que cette envie de taper vient, je verbaliser auprès de mes enfants (maman n'en peux plus, elle a juste envie de te donner une fessée la maintenant) et ça suffit en général à faire retomber la pression.

Raphaëlle Hosteins 12/12/2018 19:41

Je verbalise aussi souvent. Les mots, qu'ils soient dits ou écrits, m'aident beaucoup.
Merci de ton gentil message!

GToch 08/12/2018 16:11

J'apporte ma pierre à ton témoignage magnifiquement courageux.
Et oui, j'ai déjà frappé mes enfants : une tapette sur la main ou une fessée.
A chaque situation son lot de difficultés et sa réponse pas toujours bien choisie. Souvent à bout et représentant la dernière réponse.
Tout comme toi, je ne me sens pas une Maman Maltraitante et Nous progressons chaque jour en réfléchissant d'avantage. En analysant les situations qui ont donné lieu à des dérapages incontrôlés. Et la réponse qui se présente le plus souvent est que Nous avons attendu trop longtemps pour agir. Pour plein de raisons différentes, pour leur laisser ENCORE un chance, par fainéantise, parce que Nous ne voulions/pouvions pas arrêter ce que nous faisions... Depuis plusieurs années nous travaillons ! Mais nous travaillons seuls. Car PERSONNE n'apporte l'ombre d'une réflexion. Seulement des leçons théorique sur "c"est mal ce que vous faites".

Et aujourd'hui, je suis plutôt fière de ce que Nous accomplissons chaque jour. Les dérapages sont de plus en plus rares et se comptent sur les doigts d'une main dans l'année écoulée **ce qui rapporté sur 4 enfants donne un ratio pas trop mal, un peu d'humour noir ça fait pas de mort ;)**.
Papa a un peu plus de travail que moi à produire, mais Nous nous en sortirons, c'est une certitude <3 <3 <3

Merci !

Raphaëlle Hosteins 12/12/2018 19:43

Continuons notre guerre intérieure et soyons heureuses de gagner des batailles!

Shana 08/12/2018 13:22

Ton témoignage est très humble et honnête. Bien que je ne supporte pas les parents maltraitants. J'ai moi même subi des maltraitances psychologiques de ma mère toxique et manipulatrice et j'ai dû couper les ponts avec elle (depuis 10 ans) pour retrouver confiance en moi et préserver ma santé mentale. Je revis depuis et suis plus libre. La maltraitance est une cause que je défends fermement.

Raphaëlle Hosteins 12/12/2018 19:48

Il m'est un peu douloureux de te lire puisque tu m'as casée dans la catégorie des parents maltraitants. Je vois que tu as essayé cependant d'être sympathique et c'est ce que je vais retenir.
Pour parler avec mes enfants devenus des adolescents, il semble qu'il soient plutôt heureux et équilibrés mais je poursuis néanmoins mes efforts pour être une mère dont ils garderont essentiellement le meilleur.

Maman Lempicka 07/12/2018 12:03

Quel témoignage incroyablement courageux. Je n'ai jamais frappé mes enfants, mais je suis bouleversée par la sincérité de ton article. Comme toi, je pense que l'utilité de la loi passée est d'ancrer dans la société entière l'idée que frapper un enfant ne peut pas être légitime. Tu as fait énormément de chemin et de travail sur toi. Tu es admirable.

Raphaëlle Hosteins 08/12/2018 09:46

Merci pour ce gentil commentaire qui me va droit au coeur. Oui, je pense que cette loi a surtout pour vocation de changer les mentalités. On ne se posait même pas la question autrefois! Et même si c'est culpabilisant aujourd'hui, les parents de demain trouveront évident qu'il ne faut pas frapper un enfant tout comme il nous parait impensable aujourd'hui de jeter des détritus dans la nature. La société évolue...

Marie Kléber 07/12/2018 11:41

Que témoignage!
Merci d'en parler, merci de t'ouvrir de cette façon.
Quand on est à cran, que le relais est faible, voir inexistant, c'est très dur de tenir le coup. Il y a forcément un moment où ça dérape.
Nous faisons tous des erreurs - quel parent n'en fait pas? Et le tout est de s'en rendre compte. Et d'ajuster notre comportement.
Le jour où j'ai vu mon fils pétrifié devant mes cris j'ai compris que ça ne pouvait plus durer, que je ne pouvais plus hurler de fatigue, de désespoir face à une situation qui me dépassait. J'ai pris les mesures nécessaires, j'ai parlé, je me suis fais aidée.
Quand on voit les photos, on se dit que vous êtes une belle famille. Un parent n'a pas de super-pouvoirs et l'amour pour nos enfants est le meilleur moteur pour avancer vers une vie plus sereine et équilibrée.
Oui il faut accompagner les parents, les écouter, leur apporter du soutien. C'est essentiel.

Raphaëlle Hosteins 08/12/2018 09:42

Merci Marie. Nous avons toutes (et tous) nos failles et il n'est pas facile de l'admettre. Le jour où j'ai décidé que ça suffisait a été un soulagement, le début d'un chemin au cours duquel j'apprends à me pardonner et à devenir meilleure. Mais la route est longue!
L'amour qu'on leur porte nous aide à la parcourir...