Toi qui me lis...

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Être lue, c’est un but. Et plus nombreux sont les lecteurs, plus je suis satisfaite. C’est prétentieux et peu louable peut-être. Encore que rare doivent être les « écrivains » qui se moquent d’avoir un lectorat ou pas.

Et naturellement, les premiers lecteurs sont les connaissances, la famille, les amis. Et certains inconnus eux-mêmes deviennent des connaissances, toutes virtuelles qu’elles soient.

Et c’est là que commence la difficulté.

 

On aurait tant de choses à écrire…

Ne nous mentons pas, vous comme moi vivons des tas d’aventures ordinaires que nous aimons raconter. Il suffit de trouver les bonnes personnes à qui s’adresser. On rit, on critique, on s’insurge…

Les petits moments sans importance particulière peuvent devenir des récits fantastiques ! Et moi qui aime tant poser les mots, j’ai souvent envie de saisir mon ordinateur et de taper sur le clavier pour saisir l’instant, l’émotion ; pour ne pas laisser échapper les bons mots.

Je le fais souvent dans ma tête. Vous aussi ? Une dispute avec chéri. Je rumine, je m’énerve toute seule, je ressasse. Et je pars dans un monologue intérieur de folie dans lequel j’expose tous mes griefs, comme si j’écrivais une lettre. Parce que c’est plus facile à rédiger qu’à exprimer. Pour moi en tout cas. Et quand il est trop difficile de réamorcer le dialogue, j’écris un mail et j’attends fiévreusement la réponse.

 

Mais une fois posée…

Oui, quand les mots sont posés, ils sont comme gravés dans le marbre. Ils laissent une trace. La personne à qui ils étaient adressés peut les lire et les relire à loisir. C’est une bonne chose parfois, quand le texte rassure, quand les phrases sont caresses. Ça l’est beaucoup moins quand les mots accusent et froissent.

Et même lorsque le message initial se veut positif ou simplement neutre, sans jugement, il peut être interpréter. Car si nous sommes responsables des mots que nous choisissons, nous ne pouvons contrôler l’impact qu’ils auront. Malheureusement, il est bien difficile d’être certain que le message reçu sera identique à celui qui a été envoyé. Il y a autant de visions du monde que d’individus et chaque individu, qui plus est, ne recevra pas les mots de la même manière selon la période de sa vie, son humeur, sa confiance en soi. Il y a tant de paramètres qui peuvent altérer le message initial !

 

Alors, comment faire ?

Quel choix s’offre à nous ?

Ecrire, coûte que coûte, sans dénaturer l’idée originelle, sans se soucier de l’accueil ?

Se censurer pour ne pas vexer ou ne pas juste risquer de vexer ?

Peser, jauger, modifier les mots et leur ballet pour que la chorégraphie devienne tout public ?

Il est tellement plus aisé d’écrire sur des personnes qu’on ne connait pas ou, carrément, se lancer dans la fiction. Et encore… Mais même écrire sur soi (ce que je fais le plus souvent) amène à écrire sur les autres. Ces autres que je connais, que je côtoie, que j’aime ! Et que je ne veux pas blesser. Alors, je dose, je contourne, j’adoucis. Je rajoute des coussins et des bougies pour que tout le monde se sente bien dans mon petit salon d’écrivain. Et je me prive…

Ménager tout le monde c’est évidemment se priver de tout dire et de le dire crûment. Non pas que j’aie envie de ruer dans les brancards mais je m’empêche parfois de vous raconter le vrai tel que je le vois.

Et je comprends pourquoi certaines personnes connues (ou moins connues d’ailleurs) choisissent d’écrire sous un (nouveau) pseudonyme. Il ne s’agirait pas forcément de se protéger mais plutôt de protéger les autres. Que personne ne se sente directement visé, accusé. Que personne n’ait à souffrir.

 

 

Ainsi, écrire est difficile. On cherche le bon mot, la bonne tournure, qui délivrera le message voulu, en réduisant autant que possible les dommages collatéraux. Alors je vous le dis : s’il y a une qualité que je mettrais au-dessus des autres, c’est celle d’être juste. Dans chacune de mes actions, dans toutes mes paroles, j’essaie d’être juste. Ni gentille, ni méchante. Ni mielleuse, ni incisive. Juste. Et si mes mots vous heurtent parfois, prenez le temps de les relire comme si vous étiez moi comme j’ai moi-même pris le temps de les écrire en me mettant à votre place.

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