Point C: Jour 23 - L'enfer des devoirs

Publié le par Raphaëlle Hosteins

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Je le vérifie aujourd’hui.

Après une mauvaise nuit au cours de laquelle mon coude m’a fait souffrir, je suis naturellement beaucoup plus grognon. J’entame néanmoins la journée calmement. Chéri a besoin du bureau et je me retrouve dans la salle à manger avec la petite.

Les devoirs se passent bien et pour cause : je lui explique tout, je l’aide, je corrige avec elle. Je ne suis pas trop exigeante. Je m’accroche à l’idée qu’il ne faut surtout pas la dégouter du travail scolaire.

En parallèle, je m’occupe un peu du fiston. On reprend les maths et on revient sur un devoir de SVT. Je suis toujours calme. Trop peut-être. J’épuise mon faible quota de patience en quelques heures.

 

Après le déjeuner, nous poursuivons. Je ferme les yeux sur des fautes de français qui, en des temps normaux, me feraient creuser un trou profond pour y hurler mon désespoir, et nous commençons les maths. Numéro 3 fait l’exercice hyper rapidement. Elle a peu de fautes. Mais avant de me réjouir, je reprends avec elle ses erreurs. Et voilà. Nous y sommes. Ma patience épuisée, je me retrouve face à elle, sans filets. Elle se braque. Elle bloque sur un calcul très simple (24-6 !!! C’est simple quand même !!) et je sens la colère monter en moi.

Je sais que je ne devrais pas. Je sais que ça sert à rien de bon et que c’est même nocif. Je sais. Mais je ne me contiens pas. Et j’explose. Je crie, elle aussi et chéri sort d’un bond du bureau, affolé. On l’envoie dans sa chambre (numéro 3, pas chéri. Evidemment) et je me retrouve seule dans la salle à manger à ruminer.

Pas besoin de faire une analyse. Je sais. Il fallait pas. Mais pourquoi ? Je crois savoir : je perds la maîtrise de tout. En effet, je ne peux pas travailler depuis le salon car je n’ai pas les outils adéquates. Et pendant que j’essaye quand même de travailler, je ne suis pas à fond avec les enfants et ce n’est pas satisfaisant. Et tout le temps que je perds dans la journée, je vais devoir le reporter plus tard et c’est autant de temps que je n’aurai pas pour mon livre. C’est tellement frustrant ! Je ne fais donc rien de bon. Je devrais totalement renoncer au travail quand les conditions ne sont pas réunies, ce serait plus constructif mais je ne m’y résous pas. Et je trouve injuste de devoir reporter à plus tard et de prolonger ma journée de calvaire. Je me sens lésée.

Evidemment, la fatigue n’arrange rien.

Finalement, confinement ou pas, je place toujours la barre assez haut et je me contente de la regarder d’en bas. J’essaye de faire au mieux dans chaque domaine : devoirs, travail, maison, sport, blog, livre… Je ne sais pas lâcher et dans le même temps, je vois bien que je suis loin d’y arriver. Certains jours comme hier, quand les conditions le permettent, je me sens proche de mes objectifs. D’autres jours, plus nombreux, j’ai l’impression de courir après le témoin sans jamais le frôler.

 

Chéri m’abandonne le bureau dans l’après-midi. La tension retombe. Pas la culpabilité.

Après le travail, je reprends mon manuscrit. J’avance vite car, sur plusieurs chapitres, il y a peu de modifications à apporter. Jusqu’à un chapitre entier où rien du tout n’est annoté par la maison d’édition. J’en suis ravie quand j’arrive à la fin et que je lis qu’en fait, ce chapitre tombe à plat, il met mal à l’aise et ce serait bien que je trouve carrément un autre sujet. J’encaisse. C’est douloureux.

J’évite de m’agacer et de réagir trop vite. Je prends le temps de la réflexion. Mais j’ai quand même du mal à admettre que tout un chapitre est mauvais et surtout, je ne comprends pas qu’il puisse mettre mal à l’aise qui que ce soit. Je vais laisser mûrir…

Je m’aperçois que la lecture commentée par la maison d’édition est tout simplement un jugement. Et il est difficile d’être jugé. Pourtant, il va falloir que je m’y fasse car, une fois édité, mon livre sera inévitablement jugé et je dois m’attendre à des retours négatifs.

Le savoir est une chose et l’accepter en est une autre. Il me reste du temps pour travailler là-dessus…

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