Reprendre des études tout en travaillant et en poursuivant sa vie de maman
Reprendre des études tout en travaillant et en poursuivant sa vie de maman. Un titre déjà prometteur, non ? Mais ce sont les sous-titres, ce qu’on ne lit pas immédiatement, qui font de cette décision une véritable aventure avec ses hauts et ses bas, ses embûches et ses victoires.
Si vous avez en projet de vous remettre aux études tout en continuant d’assumer tous vos rôles, vous ne devriez peut-être pas lire ce qui suit.
A l’aveugle
Personnellement, j’ai toujours rêvé (oui, au sens littéral) de reprendre des études. Je me retrouve régulièrement sur les bancs de l’école ou de la faculté dans mes rêves agités. Et en toute conscience aussi j’ai nourri ce souhait. Je voulais me diplômer et me challenger. Et j’ai longtemps réfléchi à la voix vers laquelle me diriger. Ces pensées se sont imposées par intermittence, certainement mises en lumière selon les étapes de ma vie et ma capacité à me projeter.
Les sujets ont varié. J’ai souvent pensé à m’engager dans des études littéraires et va savoir pourquoi, je me suis éveillée un jour avec l’envie de me diplômer en RH. Bon, ce n’est pas non plus incroyable puisque je suis chargée de dossiers RH et que je baigne dans le sujet depuis 2018.
Je me suis donc renseignée sur les diplômes possibles, les organismes, le financement. J’ai bataillé auprès de mon employeur après validation par ma hiérarchie, j’ai monté mon petit dossier de VAPP (Validation des Acquis Professionnels et Personnels) pour obtenir le droit d’aller directement en Master 2 car je n’étais alors titulaire que d’une licence. Et une fois les voyants au vert de partout, j’ai mis un pied dans cette classe, sans vraiment mesurer l’ampleur de ce qui m’attendait.
Dans le bain
Une fois que tu y es, que ton employeur a mis la main à la poche, que ton N+1 a accepté le principe de ne pas te voir 4 jours par mois, que ta famille a compris que tu serais moins disponible et que tu as acheté les beaux cahiers, bah tu ne peux plus reculer.
J’ai pourtant très vite douté de la pertinence de me retrouver au milieu de ces professionnels déjà aguerris en RH pour la plupart ou avec des bagages bien plus lourds que les miens. J’ai d’ailleurs passé 11 mois collée-serrée avec mon adorable syndrome de l’imposteur. Il m’a fidèlement accompagnée partout tout le temps. Si vous me lisez régulièrement, vous le savez car il est tellement présent que j’en parle (trop) souvent.
Malgré les doutes, je me suis évidemment obligée à aller au bout. Et concrètement, cela signifie :
Du travail personnel à gogo. Presque chaque soi et tous les week-ends, je montais dans le bureau pour reprendre mes cours sur ordinateur, faire des recherches, réviser, travailler sur les rapports à rendre. Je ne me suis accordée que rarement quelques jours de répit sans pour autant m’en libérer complètement l’esprit.
Des renoncements : J’ai consacré des heures à avancer sur mon mémoire même pendant notre séjour estival en Corse. J’ai manqué des séances de sport, des sorties, des moments conviviaux. J’ai dû choisir d’étudier au lieu de profiter de moments en famille ou même de faire rien. Je n’avais plus de temps pour trainer, m’ennuyer, écrire. Et surtout plus de disponibilité. Quand l’esprit est englué, il ne parvient pas à se libérer pour autre chose.
De la culpabilité. Je ne parvenais plus à prévoir les menus à l’avance et nous mangions plutôt mal. Je ne faisais plus les comptes, je négligeais le linge. Et je n’accordais plus le temps et l’attention que méritent les membres de ma famille.
J’étais en mode survie, convaincue que cet état était passager et que le jeu en valait la chandelle. Aujourd’hui, je peux le dire : oui, ça en valait la peine. Mais je n’avais pas mesuré tous les impacts de ces sacrifices personnels.
Des impacts à tous niveaux
Le plus important est l’impact sur la famille et l’entourage en général. Ils me soutenaient tous avec plus ou moins d’emphase et ne m’en ont, je crois et j’espère, pas voulu. Mais je n’ai pas été présente pour eux. Chéri et les enfants ont dû accepter de me voir moins, de ne pas faire de bruit quand je travaillais, d’assumer davantage le linge, les repas, les courses… Malgré leur soutien,
Au niveau professionnel, j’ai également assumé le minimum. Je manquais cruellement de concentration et de mémoire et je n’ai pas pu m’investir en profondeur sur certains sujets. J’ai la chance d’avoir été soutenu par ma cheffe et ma direction. Pour autant, je n’étais pas à l’aise avec ça et j’essaie désormais de me rattraper.
Quant à ma santé, elle en a pris un coup. D’autant que le centre antidouleur qui me suivait a fermé. Et j’ai arrêté les séances de kinésithérapie pour gagner quelques heures de travail par semaine. Avec l’arrêt du sport et une alimentation plus aléatoire, j’ai pris une petite dizaine de kilos. Sans surprise car j’avais conscience que je ne pouvais pas tout mener de front.
Le lendemain des résultats du master, mon corps m’a fait un gros doigt d’honneur. Et les semaines qui ont suivi ont été compliquées. J’ai voulu reprendre le sport dès septembre mais j’ai très vite été coupée dans mon élan.
Si j’avais un conseil à donner : prenez le temps. Après 11 mois intenses, il faut un peu de temps pour se remettre. Je m’en rends compte maintenant.
En conclusion, je ne souhaite surtout pas décourager qui que ce soit. Je fais seulement part de mon expérience. Reprendre ses études tout en travaillant et en poursuivant sa vie de maman est possible mais demande énormément d’énergie. Certainement que d’autres femmes s’en sortent mieux que moi. Pour ma part, ces 11 mois m’ont épuisée mentalement et physiquement. Mais ils m’ont également apporté beaucoup de la satisfaction. Je ne regrette pas et je suis bien heureuse de ne pas avoir eu conscience de tout avant de me lancer, sans quoi j’aurais peut-être renoncé.
Faites-vous confiance et accrochez-vous à vos rêves. Avec un entourage soutenant et une volonté forte, on peut tout affronter.