Handball: pourquoi m'obstiner ?

Publié le par Raphaëlle

Je vais vous parler aujourd’hui de mon rapport au hand. A ce sport que j’aime et qui ne me le rend pas toujours. Car nous sommes dans une relation déséquilibrée à laquelle je m’accroche. Pourquoi ?

 

C’est quoi le problème ?

Il m’arrive régulièrement de revenir d’entrainements et surtout de matchs les larmes aux yeux. Je serre les dents, me torture l’esprit et déverse parfois mon désarroi dans ma voiture, tapant sur le volant et jurant.

Le sport devrait être un plaisir et uniquement cela mais comme pour le reste, ce n’est pas si simple.

Ce qui me met dans ces états sont des frustrations dues à mon manque de technique, mon niveau moyen, mes ratés… Je suis le plus souvent en colère après moi parce que je n’ai pas rattrapé les balles, parce que je n’ai pas été assez agressive en défense, parce que je ne me suis pas imposée en attaque, parce que les autres sont meilleures et que je me sens, je me sais la plus mauvaise du collectif. Et c’est, pour moi, difficile à vivre. Alors pourquoi continuer ?

Mais quelle transition de dingue !!! C’est justement mon sujet : pourquoi m’obstiner à jouer au handball en compétition ?

 

Pour l’amour de ce sport, d’abord et avant tout. C’est une évidence.

J’ai découvert ce sport l’année de ma cinquième, c’est-à-dire en 1990 (c’est pas la peine de compter, sachez juste que c’était il y a fort longtemps). J’ai commencé pour être avec mes copines et j’ai immédiatement sombré dans l’addiction. Je me suis débrouillée pour monter une équipe dans le club de ma ville et j’ai continué jusqu’à mes 20 ans.

Arrivée à Bordeaux en 1998, je me suis concentrée sur les études, l’emménagement avec chéri, le travail et les enfants. Et en 2006, je m’y suis remise. En équipe loisir car je ne pouvais m’engager en compétition.

En 2015, nous sommes partis vivre en Guadeloupe. Je ne me souviens plus vraiment : est-ce que je voulais continuer en loisir ou souhaitais-je renouer avec la compétition ? Peu importe, il n’y avait pas de championnat loisir. J’ai donc intégré une équipe dans laquelle j’ai beaucoup progressé. Et où j’ai retrouvé le plaisir de jouer aussi pour gagner.

A mon retour en métropole, j’ai naturellement retrouvé mon équipe loisir et me suis également inscrite en senior (la compet’ quoi). Et chaque entrainement, chaque match, chaque saison me rendent plus accro encore.

J’aime dribbler, tirer, faire la bonne passe, empêcher l’adversaire… J’aime voir les contre-attaques fulgurantes, les espaces créés dans la défense adverse. J’aime la tension et le soulagement. Et si vous ne connaissez pas, il faut absolument que vous vous caliez devant un grand match (ils sont désormais diffusés sur les grandes chaines de télévision) pour vibrer devant ce sport parfait.

 

Pour les leçons de vie

Je ne pratique pas le handball par facilité. Tout au contraire. Je pourrai me contenter de courir et de faire du fitness : quel que soit mon niveau dans ces sports, ils n’impliquent que moi. Ils ne sont pas plus faciles mais ils me coûtent moins notamment en termes d’image de moi perçue par moi et par les autres.

Mais je continue malgré tout. Parce que j’ai le goût de l’effort et que je suis satisfaite à chaque petite progression. Ma force : je ne lâche rien. Je me remets en question, j’écoute, l’observe et je progresse. Je tire un peu plus fort. Je vise un peu mieux. Je me déplace un peu plus intelligemment. Je suis un peu plus solide… Bref, voilà un adage sculpté pour moi : doucement mais sûrement.

Et les moments difficiles me sont bénéfiques. Malgré les progrès, je sais que je ne serai jamais la fille qui change le cours d’un match. Je ne suis pas celle qui fait la différence. Je pourrai par conséquent vous parler de modestie car je ne peux qu’être humble dans ma position. Mais, croyez-le ou non, je ne suis pas de nature prétentieuse. Et je suis même plutôt déjà en manque de confiance en moi.

Je suis donc obligée d’accepter mon statut. Du moins, suis-je en plein processus pour essayer de l’accepter. Je dois admettre mes faiblesses, y faire face. Une belle leçon de vie à mon avis. Et garder la tête haute lorsqu’on se sent tout petit, ce n’est pas aisé.

Rappelons-nous de cette phrase qui vient souvent hanter mes pensées : « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ». Les échecs nous donnent de grandes leçons.

 

Grâce à l’esprit d’équipe

Je suis d’un niveau moyen (j’avais d’abord écrit « faible » et je me suis ravisée… j’essaie aussi d’être bienveillante avec moi-même. Soyons dans le positivisme !) même si je m’accroche, même si je progresse. C’est un fait. J’en suis consciente mais mon équipe aussi et mes coachs d’autant plus.

Je crois parfois reconnaitre dans le langage corporel de mes coéquipières ou dans leur regard une déception de faire un exercice avec moi. Que ce soit une illusion ou la réalité, ça me blesse.

Et j’ai plusieurs fois été simplement évincée des matchs par les coachs. Je ne pourrais leur reprocher qu’un manque de communication car sur le fond, je comprends. Mais ça me heurte malgré tout.

Pour autant, ils auraient pu simplement m’écarter ou carrément m’inviter à aller voir ailleurs. Ils ne l’ont pas fait. Et ce qui me touche le plus, moi la grande sensible égocentrique, c’est lorsqu’ils m’encouragent ou me félicitent. Un petit « c’est ça Raph », un check, une accolade… et je me sens à ma place.

L’esprit d’équipe, dans notre collectif, est fort et réconfortant.

 

En bref et sans images : malgré le découragement et les déceptions qui m’accompagnent dans le handball, je ne suis pas près de laisser tomber. Je me pose à peine la question chaque année car je le sens au fond de moi : pas encore. J’ai encore à donner et à prendre. Et j’imagine que tant que mon corps me le permettra, je parcourrai les gymnases en dribblant.

 

Publié dans Pas qu'une maman

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